L’avenir de la FIV : le rôle de la médecine génétique dans la PMA de demain

  • Article de réflexion
24 Oct 2025
Illustration 3D de mitochondries, ces structures cellulaires responsables de la production d’énergie et de la transmission maternelle de l’ADN, essentielles dans le don mitochondrial en FIV.

Une nouvelle ère pour la science de la reproduction

Par la Dre Fabiana Ramos, généticienne clinicienne chez Ferticentro

En 2023, le monde a assisté à une avancée extraordinaire dans le domaine de la médecine de la reproduction : la naissance du premier bébé porteur d’un matériel génétique provenant de trois personnes.

Réalisée grâce au don mitochondrial, cette prouesse offre un aperçu du chemin parcouru quant à notre capacité à prévenir certaines maladies héréditaires et à protéger les générations futures.

Souvent décrite, à tort, comme la technique du « bébé à trois parents », cette procédure suscite autant de fascination que de débats.

Aujourd’hui, le don mitochondrial n’est autorisé que dans quelques pays, dont le Royaume-Uni. En France comme au Portugal, il n’est pas encore légal, même si la recherche dans ce domaine avance rapidement.

Pour celles et ceux qui exercent en médecine de la reproduction, cette évolution est à la fois source d’humilité et d’inspiration : elle rappelle qu’une innovation guidée par l’éthique et la compassion peut transformer des vies de la manière la plus profonde qui soit.

Don mitochondrial : c’est quoi exactement ?

Chaque cellule du corps humain contient de minuscules structures productrices d’énergie appelées mitochondries. On peut les imaginer comme des sortes de « batteries » qui fournissent à nos cellules l’énergie nécessaire à leur fonctionnement.

Chaque mitochondrie possède une petite portion de matériel génétique propre, appelée ADN mitochondrial, distinct de l’ADN contenu dans le noyau de la cellule. Oui, c’est vrai : notre organisme contient en réalité deux types d’ADN !

Contrairement à l’ADN nucléaire, transmis pour moitié par la mère et pour moitié par le père, l’ADN mitochondrial est exclusivement hérité de la mère.

Cela s’explique par le fait que l’ovocyte apporte presque tous les constituants qui formeront l’embryon, tandis que le spermatozoïde ne fournit que son ADN nucléaire. Les mitochondries présentes dans le spermatozoïde ne sont pas transmises après la fécondation.

Schéma d’une mitochondrie présentant ses principales structures : membranes externe et interne, crêtes, matrice, ribosomes, ATP synthase et les boucles d’ADN mitochondrial situées à l’intérieur de l’organite.

Caption: Illustration de la mitochondrie, ce minuscule « moteur énergétique » présent dans les cellules humaines. Chaque mitochondrie contient son propre ADN mitochondrial, transmis uniquement par la mère.

Quand l’ADN mitochondrial présente des anomalies…

Il arrive que les mitochondries contenues dans les ovocytes d’une femme présentent de petites anomalies dans leur ADN. Elles peuvent ainsi perturber la production d’énergie dans les cellules et entraîner des maladies héréditaires graves affectant des organes essentiels, notamment :

  • Le cerveau : retards du développement, crises d’épilepsie ou épisodes ressemblant à des accidents vasculaires cérébraux
  • Le cœur : cardiomyopathie ou troubles du rythme cardiaques (arythmie)
  • Les muscles : faiblesse ou une fatigue importante
  • Le foie et les reins : parfois associés à une défaillance d’organe

Parmi les maladies mitochondriales, on peut citer :

  • Le syndrome de Leigh
  • Le syndrome du MELAS (encéphalomyopathie mitochondriale, acidose lactique et des pseudos accidents vasculaires cérébraux)
  • Le syndrome du MERRF (épilepsie myoclonique avec fibres rouges déchiquetées)

Ce sont des maladies rares mais sévères, qui peuvent se manifester dès l’enfance et sont souvent associées à une limitation de l’espérance de vie.

 

Comment fonctionne le don mitochondrial ?

Le don mitochondrial offre une possibilité d’éviter la transmission de ces maladies. La technique consiste à :

  1. Prendre l’ovocyte de la mère et en retirer les mitochondries porteuses d’anomalies.
  2. Les remplacer par des mitochondries saines provenant de l’ovocyte d’une donneuse.
  3. Féconder ensuite l’ovocyte avec le spermatozoïde du père pour créer un embryon sain.

L’embryon obtenu contient :

  • La quasi-totalité de l’ADN de ses parents biologiques (l’ADN nucléaire, qui détermine des caractéristiques telles que l’apparence ou la personnalité).
  • Une très faible quantité d’ADN mitochondrial provenant de la donneuse, garantissant le bon fonctionnement énergétique des cellules.

C’est pour cette raison que le don mitochondrial est parfois surnommé la technique du « bébé à trois parents », même si la contribution génétique de la donneuse représente moins de 1 % de l’ADN total de l’enfant.

 

Pourquoi cette avancée est-elle importante ?

Environ un bébé sur 5 000 naît avec un trouble mitochondrial. Pour les familles ayant des antécédents de ce type de maladies, cette nouvelle technique représente un véritable espoir : la possibilité d’avoir un enfant biologique sans transmettre la maladie.

La technique dite du « bébé à trois parents » n’est qu’un exemple de l’évolution actuelle de la médecine de la reproduction. Nous avançons vers un avenir où la prévention joue un rôle central, et où les progrès de la génétique permettent de réduire le risque de maladies héréditaires avant même le début d’une grossesse.

Gros plan sur un médecin tenant un modèle 3D d’une double hélice d’ADN, symbole des avancées de la recherche génétique et de la médecine de la reproduction.

 

Le rôle des tests génétiques dans la FIV aujourd’hui

Même sans recourir au don mitochondrial, les laboratoires de FIV utilisent déjà plusieurs techniques avancées de tests génétiques pour identifier certains risques, orienter les décisions thérapeutiques et améliorer les chances d’obtenir une grossesse évolutive. Chez Ferticentro, ces tests constituent un élément essentiel de notre approche personnalisée en matière de prise en charge reproductive.

Voici les principaux types de tests génétiques :

  • PGT-A (test génétique préimplantatoire pour l’aneuploïdie) : Ce test vérifie si les embryons possèdent le bon nombre de chromosomes. Il est souvent recommandé aux femmes de plus de 37 ans, aux couples ayant connu des fausses couches répétées ou des grossesses avec anomalies chromosomiques, ou après plusieurs échecs d’implantation.
  • PGT-M (test génétique préimplantatoire pour les maladies monogéniques) : Utilisé lorsque l’un ou les deux partenaires sont porteurs d’un gène responsable d’une maladie héréditaire grave comme la mucoviscidose, l’amyotrophie spinale ou la maladie de Huntington.
  • PGT-SR (test génétique préimplantatoire pour les réarrangements chromosomiques) : Permet de détecter des translocations ou inversions chromosomiques susceptibles d’augmenter le risque de fausse couche ou d’anomalies congénitales.

Tous ces tests visent à repérer les embryons présentant les meilleures chances d’aboutir à une grossesse évolutive et à la naissance d’un enfant en bonne santé, tout en limitant l’impact émotionnel et physique de cycles de FIV successifs.

 

Le rôle du conseil génétique

Les tests génétiques sont des outils puissants, mais leur interprétation nécessite une expertise spécialisée. C’est là que le conseil génétique joue un rôle essentiel.

Une consultation en génétique permet aux couples de comprendre leurs antécédents familiaux ou personnels de maladies génétiques, d’identifier les éventuels risques avant le début du traitement et d’aborder les différentes options reproductives, y compris le recours à un don d’ovocytes ou de spermatozoïdes lorsque cela s’avère approprié. Elle aide également à interpréter les résultats du diagnostic préimplantatoire et à planifier les étapes suivantes en toute confiance.

Les spécialistes en génétique peuvent aussi accompagner les couples ayant un lien familial, connu sous le terme de consanguinité, car cela augmente le risque de maladies récessives : des pathologies qui apparaissent uniquement lorsque les deux parents portent la même anomalie génétique.

Chez Ferticentro, la collaboration entre spécialistes de la fertilité, embryologistes et conseillers en génétique garantit à chaque couple un parcours personnalisé, alliant innovation, sécurité et empathie.

 

Prévention et précision : la FIV vers une approche plus ciblée

En quelques décennies, l’assistance médicale à la procréation est passée de la fécondation d’un seul ovocyte dans une boîte de culture à un domaine désormais influencé par les données génomiques, l’intelligence artificielle et la médecine personnalisée.

Le don mitochondrial reste pour l’instant une perspective d’avenir en France comme au Portugal, mais il symbolise une transformation plus large déjà en cours : une médecine où l’on ne se limite plus à traiter l’infertilité, mais où la science contribue également à prévenir certaines maladies génétiques.

Les avancées en génétique de la reproduction offrent des solutions de plus en plus personnalisées et efficaces. La prévention et la précision diagnostique évoluent désormais de concert, pour aider les familles à concevoir des enfants en bonne santé et à aborder leur projet parental avec davantage de sérénité.

 

Quelles perspectives ?

L’avenir de la FIV repose sur la précision, la sécurité et la compassion. À mesure que la recherche progresse, les couples disposeront d’un nombre croissant d’outils pour mieux comprendre leurs caractéristiques génétiques et faire des choix éclairés, en confiance, pour construire leur famille.

Chez Ferticentro, la meilleure technologie reste toujours guidée par l’empathie et l’expertise, afin que chaque nouvelle avancée en génétique de la reproduction se traduise par un véritable espoir pour les patientes et les patients.

 

Questions fréquentes sur l’ADN mitochondrial et la FIV

Voici quelques-unes des questions que les patientes et les patients me posent le plus souvent lorsque nous abordons l’ADN mitochondrial, les tests génétiques et la FIV. C’est compréhensible : la science peut sembler complexe, et beaucoup souhaitent savoir si ces examens les concernent. Voici ce que j’explique généralement en consultation.

Les troubles mitochondriaux peuvent-ils provoquer un échec de FIV ?
Dans la majorité des cas, non. La plupart des échecs de FIV ne sont pas liés à des anomalies de l’ADN mitochondrial. Des facteurs tels que la qualité des ovocytes ou des spermatozoïdes, les anomalies chromosomiques de l’embryon ou des facteurs utérins sont beaucoup plus fréquents. Les troubles mitochondriaux sont rares et concernent le plus souvent des familles ayant un antécédent connu de maladie mitochondriale.

Dois-je faire analyser mon ADN mitochondrial avant une FIV ?
Pour la plupart des patientes, ce n’est pas nécessaire. Ces mutations sont très rares et généralement associées à des familles présentant des symptômes évocateurs ou un antécédent documenté de maladie mitochondriale. Les femmes présentant un diagnostic préimplantatoire (PGT-A) normal peuvent être rassurées : leurs embryons ont été analysés pour les anomalies chromosomiques les plus fréquentes affectant l’implantation et l’évolution de la grossesse.

Dans quels cas un test de l’ADN mitochondrial est-il recommandé ?
L’analyse de l’ADN mitochondrial n’est envisagée que lorsqu’il existe :

  • Un trouble mitochondrial maternel confirmé ou suspecté
  • Un antécédent familial connu de maladie mitochondriale
  • Des enfants précédemment atteints d’une affection mitochondriale

S’il existe des éléments laissant penser qu’une anomalie de l’ADN mitochondrial est possible, un médecin généticien peut proposer des examens spécifiques pour confirmer ou exclure une mutation.

Le diagnostic préimplantatoire (PGT-A) permet-il de détecter les anomalies mitochondriales ?
Non. Le PGT-A (test génétique préimplantatoire pour l’aneuploïdie) analyse les chromosomes présents dans le noyau de la cellule, et non l’ADN mitochondrial. La détection des mutations mitochondriales nécessite un examen différent, appelé séquençage de l’ADN mitochondrial.

Le don mitochondrial est-il légal au Portugal ?
Pas encore. Le don mitochondrial n’est actuellement autorisé que dans quelques pays, comme le Royaume-Uni. Cependant, la recherche dans ce domaine progresse rapidement, et de nouveaux développements pourraient permettre son accès à d’autres patientes européennes à l’avenir.

Que faire en cas d’antécédents familiaux de maladie mitochondriale ?
S’il existe un antécédent connu ou suspecté de maladie mitochondriale, il est important de le signaler avant le début du traitement. Chez Ferticentro, nous collaborons étroitement avec des conseillers en génétique et des médecins généticiens pour garantir à chaque personne un accompagnement clair, des tests appropriés et un plan adapté à sa situation.

L’ADN mitochondrial influence-t-il le vieillissement ou notre état de santé général ?
L’ADN mitochondrial joue un rôle essentiel dans la production d’énergie au sein des cellules, et certaines recherches suggèrent qu’il pourrait être associé au vieillissement cellulaire ou à la santé globale. Toutefois, ces variations naturelles sont très différentes des mutations mitochondriales héréditaires, qui, elles, provoquent des maladies.

Le mode de vie peut-il influencer la santé des mitochondries ?
Oui, dans une certaine mesure. Un mode de vie sain incluant une activité physique régulière, une alimentation équilibrée et excluant le tabac peut contribuer au bon fonctionnement des mitochondries. Cela ne permet pas de prévenir les maladies mitochondriales héréditaires, mais participe à la santé cellulaire et reproductive globale.